château de Selles sur Cher

Bienvenue au château de Selles sur Cher

Mille ans d’histoire entre Chambord et Valençay

Bienvenue à Selles sur Cher, commune du Loire et Cher riche de plus de 1500 ans d’histoire. Vous êtes ici au carrefour de trois régions : L’Indre, le Loir et Cher et l’Indre et Loire. L’histoire de notre château débute en 935, alors que Selles sur Cher s’appelait Celle en Berry (“Celle” dérivé de “cellule”, pour la cellule monastique). Par votre visite, vous contribuez à la résurrection de ce morceau d’Histoire de France. Le site sort d’un abandon d’une dizaine d’années durant lesquelles il a connu outrages et vandalisme… Vous allez découvrir un château authentique à l’histoire riche et mouvementée.

Ce touchant petit château renaît grâce aux investissements de ses propriétaires et à l’aide de l’association des Compagnons de Philippe de Béthune.

Il s’agit sûrement du château le plus atypique de la région. En effet, vous y trouverez trois châteaux en un :

  1. le sol et les douves qui furent réalisés entre 935 et la fin du XIIe siècle;
  2. le château médiéval construit au XIIIe siècle et remanié aux XVIIe et XIXe siècles;
  3. enfin le château Renaissance construit au XVIIe siècle.

Trois rois et deux reines y séjournèrent. Richard Cœur de Lion et le Prince Noir l’assiégèrent. Du Guesclin le libéra et Jeanne d’Arc y passa, tout comme le duc de Guise ou Coligny, Philippe de Béthune et autres personnages historiques…

 

 

La création de Selles sur Cher et les personnages marquants de son histoire…

Il y a plus de mille ans… Vers 500 de notre ère, un ermite nommé Eusice s’isole sur une île du Cher. Très vite les miracles d’Eusice sont connus de ses contemporains. Le fils de Clovis, Childebert, roi des Francs, le consulte sur ses chances de succès dans sa guerre contre les Wisigoths. Eusice le bénit et lui promet la victoire. Vainqueur, Childebert fait édifier une basilique sur son tombeau. C’est ainsi que Celle Saint-Eusice fut bâtie dans la plaine inondable du Cher et y resta, devenant Selles-sur-Cher après la Révolution. On peut toujours voir son sarcophage dans l’église de la ville.

 

Vers 935, on attribue la construction de la première fortification à Thibault de Champagne, comte de Blois, surnommé Thibault le Tricheur à sa mort, prêt à tout pour réussir de son vivant.

 

En 1142, Ginon de Mehun, Seigneur de Selles est le premier propriétaire à venir s’y établir. Il fait bâtir une forteresse à 9 tours entourée de douves. Le Cher complète ce dispositif défensif au Nord. Alors qu’il est parti pour la Sainte Croisade, Richard Cœur de Lion fait démanteler le château et le réduit en cendres !

                                                                                                       

 

château de Selles sur Cher

Robert de Courtenay

En 1212, Robert de Courtenay, seigneur de Selles et époux de Mahaut de Mehun acquiert l’édifice. La famille des Courtenay est membre de la Maison de France et constitue un maillon important de la diplomatie européenne. Elle donna deux empereurs latins à Constantinople, Mahaut mourut à Selles et son corps fut rapatrié à Mehun/Yèvre.

Robert était cousin de Philippe Auguste et bouteiller du Roi. A ce titre, il était en charge de toutes les vignes du Roi. La tradition viticole existe donc au château dès 1212.

château de Selles sur Cher

Georges de la Trémoille

Georges de la Trémoille  (1384-1446) : Grand Chambellan de France sous  le roi Charles VII. Il est avide de pouvoir et de richesses. Il trahit plusieurs fois Jeanne d’Arc pour rester dans les faveurs du Roi. Il est le propriétaire du château au début du XVème siècle et sa famille le conserve jusqu’à la fin du siècle suivant.

château de selles sur Cher

Philippe de Béthune

Philippe de Béthune (1566-1649) : Baron puis Comte de Selles, de Charost, de Mors et Seigneur de Font-Moireau. Il est le frère cadet de Maximilien de Béthune, Duc de Sully, surintendant des finances du roi Henri IV. Bien qu’ayant été formé aux métiers des armes, il fit une brillante carrière diplomatique sous Henri IV et Louis XIII. Il acheta le château de Selles en prévision de sa retraite. Il est considéré comme Bienfaiteur de Selles.

au de Selles sur Cher

Cardin Lebret

Cardin Lebret (1675-1734) : Il est issu d’une famille noble de robe. Il est parlementaire et nommé premier président du Parlement d’Aix-en-Provence en 1710, à la suite de son père. Cardin Lebret acquit la terre de Selles à la suite des Béthune en 1719 mais n’en devint comte qu’en 1727.

C’est un homme admiré par la population selloise et respecté de ses pairs.

Avancez-vous jusqu’au porche marquant l’entrée de la cour d’honneur

château de selles sur cherVous êtes devant le carillon du château de Selles sur Cher. Au sol, vous constaterez un espace pavé. Vers les années 1612, tout le parc était pavé, comme l’endroit où vous vous trouvez actuellement.  Le fronton représente un blason en tympan. C’est celui de Philippe-Pierre de Béthune. On trouve les blasons de sa maison personnelle, associés à la couronne de marquis. Philippe de Béthune était avant tout marquis de Chabris, et comte de Selles-sur-Cher. Le carillon est d’origine, debout depuis 1734 (presque 300 ans!). Il a survécu aux différents épisodes de destruction, vandalisme et vol qu’ont connu le château et a été rénové il y a quelques années.

Nous allons commencer cette visite en nous concentrant dans un premier temps sur les origines du lieu choisi c’est-à-dire… il y a mille ans.

Les vikings au château de Selles sur Cher

On attribue la construction de la première fortification autour de l’An Mil à Thibault de Champagne, comte de Blois, alias Thibault le Tricheur. Il fut appelé au secours par les moines de Notre Dame la Blanche (L’église de Selles sur Cher à l’époque) pour repousser les Vikings dont c’était le troisième raid dévastateur. Vainqueur, Thibault de Champagne fit ériger une simple tour en bois sur motte, située près de la rivière (le Cher) pour en surveiller l’aval. On suppose qu’il n’en reste aujourd’hui que la poterne – un passage qui prend naissance dans la cour d’honneur et qui va, s’enfonçant sous terre, rejoindre la rivière. Il profita de l’appel à l’aide pour laisser une garnison sur place et s’emparer des terres monastiques. Plan qu’il s’était bien gardé de dévoiler aux moines, d’où le surnom de «  tricheur » qui lui fut attribué à sa mort.

Plus tard, des bâtiments en pierre sont élevés près de la tour pour abriter la résidence du seigneur de Selles, Ginon de Mehun, qui fut le premier propriétaire à venir s’y établir en 1142.

La première grande destruction du château

Richard Cœur de Lion enleva le château en 1194 pendant l’absence de Raoul de Mehun, le fils de Ginon, parti pour la croisade. Il le fait démanteler sauf la tour principale.

château de Selles sur Cher

Tour du Coq

En 1212, l’édifice est rebâti et étendu sur ordre de Robert de Courtenay, seigneur de Selles et bouteiller du roi Louis VIII. Son neveu Beaudouin, empereur de Constantinople, y séjourna en 1238. Les 5 tours rondes qui subsistent seraient  les restes de cette forteresse qui en comptait dix. Dès lors, la forme générale du château est définie.

Ces cinq tours sont la Tour du Coq, la  tour qui flanque au nord le pavillon Béthune, ainsi que les restes des courtines, les communs, et l’ensemble architectural à l’ouest côté parc, dit « le Vieux Château ».

A la fin du XIIIe siècle, le château passe aux mains des Châlons. C’est par alliances, qu’il resta dans cette famille pendant presque trois siècles. Au XIVe siècle, pendant la Guerre de Cent Ans, il fut capturé et pillé par le Prince Noir qui remontait vers la Normandie, puis libéré par Du Guesclin. Le connétable y laissa une garnison. Au XVe siècle, le roi Charles VII, y tint plusieurs États Généraux (1423, 1424 et 1425).

Jeanne d’Arc, deux passages à Selles sur Cher

En 1429, l’état-major chargé de reprendre Orléans aux Anglais s’y établit pour réceptionner les armes qui arrivaient de Tours par voie fluviale. Jeanne d’Arc alla à la rencontre du roi qui partait de St Aignan. On dit qu’ils arrivèrent ensemble à Selles.

Rappelons que Charles VII était roi de France depuis 1422 mais que le sacre à Reims, alors en territoire anglais, permit de le légitimer en tant que tel.

Jeanne d’Arc ne résida pas au château car son propriétaire était Georges de la Trémoille (prononcez Trémouille), son impitoyable ennemi politique.

Drôle de personnage que ce Georges de La Trémoille ! C’était un ambitieux qui commença au service du duc de Bourgogne pour finalement le trahir et entrer au service du dauphin Charles. Il s’accoquina avec le connétable de France pour assassiner Gilles de Giac afin de se marier avec sa veuve… devenue riche héritière.

Il malmena sa première femme pour la dépouiller et la ruiner.

Convoitant sa charge, il fit assassiner le grand chambellan pour approcher au plus près le dauphin.

Après avoir provoqué la disgrâce de son ami le connétable pour s’emparer de son ministère, Georges de La Trémoille entra en guerre contre « la Pucelle » qui plaidait le retour dudit connétable.

 

Le connétable et son frère Jean, duc de Bretagne capturèrent La Trémoille et l’enfermèrent au château de Montrésor. Le roi Charles VII n’intervint pas et obligea ce dernier à rendre tout ce qu’il avait volé. Tombé en disgrâce, La Trémoille se retira des affaires.

L’idée de capturer la « Pucelle » pour la vendre aux Bourguignons serait de lui.

Le château se situait au cœur du royaume de France d’alors et en constituait un lieu prestigieux. Il accueillit trois rois et une reine de France : Charles VII, qui l’affectionnait particulièrement et y tint plusieurs états généraux, Louis XI, Louis XII et la reine Claude de France, épouse de François Ier.

 

Au XVIe siècle, Le duc de Guise passa à Selles alors en proie aux querelles religieuses. Il y reçut un pavé en pleine figure lancé par un mécontent et repartit le visage ensanglanté.

château de Selles sur Cher

Coligny

Coligny pille le château lors des guerres de religion

Coligny, chef de la Ligue Protestante, escorté par son armée de mercenaires allemands pille la ville et le château. Dans ces années ensanglantées par les guerres de religion, une bataille acharnée s’engagea entre catholiques qui se trouvaient rive droite et les protestants rive gauche, en ville.

La duchesse d’Uzès dernière descendante de la famille Châlons, se sépara du château. C’est la famille Matignon qui l’achète et le revendit neuf ans plus tard.

Franchissons la porte

Vous pouvez vous diriger vers la partie médiévale en longeant le mur sur le chemin de gauche. Prenez le temps d’admirer le parc que vous aurez l’occasion de découvrir par la suite. Franchissez le portail…

Bienvenue dans la cour médiévale !

Pour visiter ce château, longez le bâtiment et allez jusqu’à la porte du Gesclin. Pour commencer, admirez cet escalier en bois du XVIIIe siècle.

armoirie famille de Béthune

Armoirie famille de Béthune

En 1604, le domaine est acheté par Philippe de Béthune, ambassadeur de France, humaniste et grand collectionneur. Il servit trois rois, Henry III, Henri IV et Louis XIII mais aussi la régente Marie de Médicis.

Il était le frère cadet de Maximilien de Béthune duc de Sully, ministre du roi Henri IV.

C’est lui qui transforma la vieille forteresse en s’appuyant sur les fondations existantes et lui donna l’aspect qu’elle a aujourd’hui, bien qu’amputée de son corps de logis principal.  Simple seigneurie lors de son acquisition, Louis XIII fit élever la terre de Selles en comté en 1621.

Béthune avait acquis mérite et réputation dans ses importantes charges au service de la France.

Il séjourna notamment quatre ans à Rome où, son sens aigu de la diplomatie prévalut sur les Espagnols, faisant ainsi élire successivement deux papes favorables aux intérêts français.

C’est pendant ce séjour, qu’il fit connaissance du peintre Le Caravage qu’il sauva des geôles romaines et d’une condamnation à mort certaine. Deux toiles de ce grand maître ayant appartenu à Philippe-Pierre de Béthune sont visibles à Loches (église Saint Antoine)

Philippe-Pierre de Béthune reconnut le talent de ce peintre avant-gardiste et n’hésita pas à intervenir en sa faveur. Ambassadeur très en vue, ceci aurait pu nuire à sa réputation. Ses rapports privilégiés avec le pape Clément VIII lui permirent d’obtenir sa libération. Ce fut l’exil au lieu de la peine capitale.

 

Philippe de Béthune est âgé de 40 ans lorsqu’il acquiert Selles en 1604.

D’une première union avec Catherine le Bouteiller, le couple eut cinq enfants en six ans de mariage, dont Hippolyte né à Rome. Son parrain n’était autre que le pape Clément VIII.

Veuf, Philippe-Pierre de Béthune se remarie avec Marie d’Allègre, deux fois veuve. Ils n’eurent pas d’enfant. Marie d’Allègre éduqua ceux de son époux comme les siens. Mariage d’intérêts et non d’amour, elle vécut à Paris et lui à Selles, se consacrant à ses fonctions et à la construction de son château.

Le 18 avril 1649, Philippe de Béthune s’éteignit à l’âge de 84 ans au château. Il fut inhumé 18 jours plus tard dans la chapelle de l’hôpital dont il dota la ville de Selles.

Son fils Hippolyte, fit donation à Louis XIV d’une partie de la célèbre collection de son père comprenant plus de 2000 manuscrits qui constituent aujourd’hui à la Bibliothèque Nationale, « le fonds Béthune ».

La reine Christine de Suède lui en avait proposé plus de 100 000 écus, soit presque le coût du château en 1604 !

François, fils d’Hyppolite succéda à son père. Il épousa Anne Marie de La Grange d’Arquien dont la sœur était l’épouse de Jean III Sobieski, roi de Pologne.

 

François De Béthune, ambassadeur comme son grand-père fut envoyé en Pologne pour féliciter le nouveau roi.

C’est en Suède, dans sa dernière mission diplomatique qu’il s’éteignit. Son corps fut rapatrié à Selles par bateau, empruntant la voie maritime des Vikings.

Remontant la Loire, puis le Cher, sa dépouille parvint à Selles en parfait état dix mois plus tard : son corps avait été conservé dans un bain d’eau de vie.

 

Après la mort du roi de Pologne Jean III Sobieksi en 1696, sa veuve, peu appréciée par le parlement polonais, prit la fuite : d’abord à Rome où elle rencontra Salviati, elle séjourna ensuite dans sa famille, à Nevers et enfin chez sa sœur à Selles.

Louis XIV lui donna le château de Blois, où elle mourut en 1716. Sa petite fille qui vivait aussi au château de Blois vola la dépouille de sa grand-mère et l’emmena en Pologne attachée sous un carrosse. Le corps fut transféré dans la nécropole des rois de Pologne.

Suite à des revers politiques et financiers, sa sœur, madame de Béthune, vendit le château puis s’isola dans un couvent parisien, dont elle sortait de temps à autre pour faire la fête.

 

Le château fut acheté par Pierre Cardin le Bret, premier président du parlement de Provence, et en 1780, il passa aux mains du marquis de Bartillat en 1810…

 

Quelques secondes encore, puis nous visiterons les pavillons…

château de Selles sur Che

château de Selles sur Cher

Le nouveau château de Philippe de Béthune était une merveille architecturale pour l’époque. Une aile, longue de 34 m longeait le Cher et formait le corps de logis principal. On trouvait au rez-de-chaussée la salle à manger, et à l’étage la salle de bal.

D’après un inventaire du XVIIIe siècle, il y avait une cinquantaine de pièces et les rideaux répertoriés indiquent 5m de hauteur sous plafond.

 

Face à l’entrée de la cour s’élevait une galerie à arcades qui réunissait le corps de logis et le mur décor qui sépare la cour d’honneur de la cour des offices. Dans ce bâtiment, Philippe de Béthune avait logé ses impressionnantes collections de manuscrits, d’œuvres d’art, de tableaux de maîtres, de statues antiques et de médailles.

Le mur à l’Italienne restauré au XIXe siècle est orné de niches et de frontons triangulaires ou cintrés. On y lit les lettres PCM qui correspondent aux initiales de Philippe, Catherine et Marie, ses deux épouses. La vierge à l’enfant fut installée au XIXe siècle et est une copie d’une œuvre de Jean-Baptiste Pigalle. Ce mur décor n’a jamais reçu de sculptures dans ses alcôves et l’on suppose donc qu’il ne devait être qu’un élément d’architecture temporaire avant un développement futur du château. La longueur de ce mur jusqu’au décroché et la largeur du pavillon Sully vous donnent une idée de la surface du bâtiment détruit qui se trouvait en face le long du Cher.

C’est à Jacques II Androuet du Cerceau, architecte parisien très en vue, que l’on doit les plans du château XVIIe siècle. La construction dura plus de sept ans. Les artisans parisiens furent logés sur place pendant toute la durée des travaux. Regardez les façades des deux pavillons : il est impossible d’y lire clairement l’organisation intérieure des étages. Les niveaux d’habitation ne correspondent pas avec l’architecture extérieure. Cet effet d’illusion est voulu. On parle « d’architecture maniériste ». Il y a en réalité trois niveaux, les combles et des entre sols à chaque étage, totalisant au total sept niveaux.

 

L’architecte est l’un des concepteurs de la place Royale à Paris, aujourd’hui dénommée place des Vosges.

Au XIXe siècle, le château fut partiellement démantelé et cette cour fut ensuite repensée en jardin à l’anglaise avec diverses essences d’arbres : séquoias, sycomores, chênes, etc. Sa pièce principale est le magnifique cèdre du Liban que vous pouvez admirez devant le pavillon Sully. On estime qu’il est âgé de presque trois cents ans !

château de Selles sur Cher

Bienvenue dans le Pavillon Béthune !

Avant de pénétrer dans ce pavillon, souvenons-nous qu’il a eu deux histoires. La première, à l’époque de Philippe de Béthune, lorsqu’il était l’un des trois pavillons d’un ensemble qui formait un quadrilatère dont le parc était la cour intérieure ; la deuxième après les différentes destructions où il est devenu le pavillon central du château. Ce pavillon a été rénové il y a une dizaine d’années mais vous allez découvrir qu’il n’est pas aussi neuf qu’il ne paraît. Tout d’abord, entrons dans la grande cuisine du XVIIe siècle.

grande cuisine château Selles sur Cher

grande cuisine château Selles sur Cher

C’est l’architecte Chauvallon qui supervisa cette restauration intérieure en 1913. Quelques fouilles laissent entrevoir le bel appareil de pierres d’origine.

Remarquez la cheminée monumentale. On imagine bien des marmites bouillonnantes accrochées dans le grand âtre ou des rôtisseries pour nourrir la maison de Philippe de Béthune qui accueillait les personnalités illustres de son époque. Cette cuisine est naturellement située dans le commencement du corps de logis bordant le Cher. Le passage, muré aujourd’hui, se trouve derrière l’armoire placée dans l’entrée du pavillon. Il s’agit du deuxième âtre le plus grand du val de Cher après celui de Chenonceaux. Vous constaterez qu’il n’est pas marqué par la suie. Il n’a donc eu qu’un usage décoratif au XXème siècle. La famille du Moulinet d’Hardemare utilisa cet endroit comme hall puis comme salle à manger d’apparat et d’exposition à la fin du siècle dernier. Le pavillon Béthune était alors réservé à son usage privé et n’était que très rarement ouvert au public.

duchesse de Montpensier

Duchesse de Montpensier

Parmi les hôtes illustres, il y a la duchesse de Montpensier, cousine germaine de Louis XIV, dite La Grande Mademoiselle (1627-1693). Elle relatera dans ses mémoires, ses passages chez les Béthune à Selles sur Cher, vantant la magnificence des lieux et la bonne table. En cuisine, on la disait aussi large que haute ! Sans doute en raison de son appétit pour les gâteaux appelés « croquants ».

Poursuivons maintenant dans la Salle à Manger

Salle à Manger château Selles sur Cher

Salle à Manger château Selles sur Cher

Nous changeons d’époque et de famille. La Famille Béthune se sépare du château en 1719. A la fin du XIXème siècle, la famille du Moulinet d’Hardemare acquiert la bâtisse.

Au XIXème siècle, on s’embourgeoise : on cloisonne les pièces, on double les fenêtres, on installe des volets intérieurs pour le confort et la praticité. Ceci constitue l’ancêtre de notre double vitrage actuel et préservait la chaleur apportée par la cheminée installée au centre du mur de la nouvelle pièce. D’abord salle à manger, cet endroit devint ensuite salon de musique.

Au pied de la fenêtre qui fait face à la porte d’entrée du salon, notez le parquet orné d’une étoile. Il s’agit du parquet original du XVIIe siècle. Son raffinement était étonnant et permettait de marquer la puissance du propriétaire du château.

Prenez maintenant l’escalier pour aller à l’étage

Nous sommes sur le point de pénétrer dans la Chambre de la Reine.

cheminée reine de Pologne château de Selles sur Cher

Cheminée reine de Pologne château de Selles sur Cher

Il s’agit de la reine de Pologne. Française, née à Nevers, elle avait épousé Jean III Sobieski. Ce roi est très important dans l’histoire européenne car il s’illustra en 1683 pour sauver Vienne du siège ottoman. A la tête de la cavalerie polonaise, il chargea les assiégeants ottomans et libéra la ville. Pour célébrer cette victoire, les pâtissiers viennois inventèrent le croissant que nous consommons avec gourmandise et le bagel (« étrier » en allemand) très connu outre Atlantique. A sa mort en 1696, elle vint séjourner ici quelques temps chez sa sœur Marie-Louise, la femme du dernier propriétaire Béthune.

Remarquez la monumentale cheminée d’époque XVIIe siècle, qui va du sol au plafond. Le centre est orné des initiales PP pour Philippe-Pierre surmonté d’une couronne ducale et entourée des branches de lauriers fruités.

Au-dessus du cadre central, on voit un amour ayant déposé carquois et flèches, armure et casque. C’est l’iconographie de la guerre.

Les peintures des plafonds datent du XIXe siècle, comme les motifs répétés sur les murs mais il est possible que les motifs originaux datent du début du XVIIe siècle. En effet, les armes de la famille du Moulinet d’Hardemare peuvent être retrouvées dans tout le pavillon, là où les cheminées ont été construites. La présence des initiales de Philippe de Béthune « PP » invite à croire que les motifs remontent à son époque. La couronne comtale située au-dessus permet de dater ce motif après 1621, date de l’élévation de Selles au rang de comté, alors que la cheminée remonte à une période allant de 1604 à 1621, quand Philippe de Béthune était seigneur de Selles et mettait en avant son titre de duc de Charost. C’est un décor néo-Renaissance. L’estrade et les boiseries datent elles aussi du XIXe siècle.

Bienvenue dans le grand salon rénové tel que vous le voyez à la mode du XIXe siècle. Les murs sont recouverts de papier gaufré imitant le cuir de Cordoue. La cheminée porte les armes de la famille du Moulinet d’Hardemare. C’est un salon d’apparat. A l’origine, la cloison qui sépare le salon du cabinet n’existait pas. L’architecte Androuet du Cerceau ne voulait pas faire correspondre deux fenêtres en face à face : chacune éclairait le mur qui lui faisait face. La seule fenêtre du mur (aujourd’hui dans le bureau derrière l’échiquier) suffisait pour éclairer le panneau situé entre les deux fenêtres ouest du grand salon. Au mur, on remarque une très belle console en bois doré XVIIIe siècle. En face, un tableau imitant le style du célèbre Van Gogh. Il a été réalisé par une artiste contemporaine ayant peint dans son style personnel.

Descendez les escaliers pour vous rendre dans la cuisine des Moulinet d’Hardemare

cuisine château Selles sur Cher

cuisine château Selles sur Cher

En service jusqu’au milieu des années 80. Après la destruction du corps de logis principal sous l’Empire, la grande cuisine était devenue trop grande pour un usage restreint au pavillon dans lequel nous nous trouvons. Une cuisine plus petite fut installée dans cette pièce. Notez le passe-plat qui conduit à l’ancienne grande cuisine.

Nous voici à présent devant la partie médiévale du château. Vous avez en face de vous le château dit des Intendants.

A l’époque médiévale logeaient ici les personnes servant au château environ cent domestiques. Les réserves de nourriture et de grains y étaient stockées pour les animaux de la ferme. (Actuellement en rénovation, les pavillons dorés ne sont pas ouverts à la visite pour des raisons de sécurité.)

Pavillons Dorés cheminée château Selles sur Cher

Pavillons Dorés cheminée château Selles sur Cher


Pavillons Dorés peinture château Selles sur Cher

Pavillons Dorés peinture château Selles sur Cher

Philippe Pierre de Béthune améliora les conditions de vie dans les Intendants, car il y vécut le temps des travaux. La partie nord aux toits surélevés constituait ses appartements.

C’est là que se trouve un trésor exceptionnel : les Pavillons Dorés. Ils doivent leur nom aux cheminées dorées qui s’y trouvent. Les couronnes surmontant le chiffre de Béthune ont été martelées à la Révolution et en partie restaurées au XIXe siècle. Les murs sont recouverts d’un papier peint qui laisse par endroits deviner les fresques qui se trouvent encore sous l’enduit. Les plafonds sont ornés d’admirables caissons réalisés au début du XVIIe siècle par des peintres italiens venus de Rome à la demande de leur ami Philippe de Béthune, vraisemblablement vers 1628. Ces fresques ont aujourd’hui plus de 400 ans et feront l’objet d’un vaste chantier de restauration. Avis aux mécènes…

Nous voici maintenant dans l’ancienne cour médiévale

Dos aux bâtiments des Intendants, voyez à droite les vestiges de la Tour du Coq XIIIe siècle, avec ses mâchicoulis, latrines murales et encorbellements. Elle tire son nom d’une anecdote remontant au XIIIe siècle. Le propriétaire de l’époque tint une fête où l’un des invités, appelé ou surnommé « Le Coq », se montra très entreprenant envers son épouse. Fort mécontent, Robert de Courtenay le fit enfermer dans la tour avant de le relâcher. Certains avancent qu’il y fut emmuré vivant et hante encore les lieux, mais cette punition est peu probable. Quand le château Renaissance fut entrepris en 1604, la tour du Coq venait d’être brûlée pendant les guerres de religion. Philippe de Béthune était réputé pour son inventivité et ne la fit pas restaurée. Au contraire, il y fit installer des fours à chaux qui permirent de disposer sur place de briques et de chaux qui furent utilisées pour la construction de la haute cour.

Vous remarquerez aussi l’ancien front des remparts médiévaux et l’ancien chemin de ronde.

 C’est ici, dans la cour médiévale que vous trouverez la salle de dégustation Robert de Courtenay et notre chai où vieillit tranquillement en fûts de chêne notre cuvée « spéciale château » !

Coïncidence de l’Histoire, rappelons-nous qu’au XIIIe siècle Robert de Courtenay était le bouteiller du Roy Louis VIII. Cette charge le conduisait à approvisionner la cour en vins. Il ne relève donc peut-être pas du hasard, que l’actuel propriétaire de ce touchant château soit un… viticulteur, et ce, 800 ans plus tard !

Nous voilà parvenus à la fin d’une histoire du château de Selles-sur-Cher

Mais aussi au commencement d’une nouvelle ère…

Voici donc la fin de l’histoire du château. Au XVIIIe siècle, le château fut acheté par Pierre Cardin le Bret, premier président du parlement de Provence. En 1810, il passa aux mains du marquis de Bartillat.

 

Vinrent alors des temps moroses… Abandonné, il servit un temps de carrière à ciel ouvert. En 1813, les propriétaires achevèrent le démantèlement du corps de logis principal et de la galerie, très endommagés.

Vers 1880, Eugène du Moulinet d’Hardemare acheta le château. Son fils et les générations suivantes se consacrèrent à sa remise en état.

La famille Moulinet d’Hardemare conserva le château plus de 100 ans, y accomplissant d’importants travaux de restauration. Ils le firent inscrire au répertoire des Monuments Historiques en 1926 et classé en 1985. Remercions-les !

 

Elle s’en sépara en 2002, le cédant à une société qui souhaitait en faire un hôtel de luxe. Les travaux commencèrent mais avortèrent rapidement pour des raisons financières. Le projet comme le château furent délaissés. Le site connut des années noires, victime de saccages et de pillages une décennie durant. Nombre d’objets, notamment architecturaux, sont sans doute définitivement perdus.

En 2012, à la faveur d’un passage inopiné à Selles sur Cher, Noémie Brunet et Michel Guyot, propriétaires du château de Saint-Fargeau dans l’Yonne, décident d’acheter le monument qui les a beaucoup émus. Le château ouvre ses portes au public cette même année, pour notre plus grand plaisir. Or la Grande Mademoiselle, évoquée plus haut, fut elle aussi la propriétaire du château de Saint-Fargeau, autre coïncidence.

Ce château est trop loin de leurs bases et ils cherchent un porteur de projets local qui puisse reprendre le flambeau. C’est ainsi qu’en 2013, un viticulteur et son épouse se portent acquéreurs du domaine. Nous sommes donc aujourd’hui dans le château de Katherine Wu et Nicolas Mazzesi, passionnés d’histoire et de vins. L’histoire continue de s’écrire à Selles-sur-Cher.

Et le château est reparti en campagne…

Le château part en campagne, pourquoi pas vous ?

Le château a connu une longue, trop longue, période de délaissement.

Aujourd’hui, les terrains vagues sont redevenus des espaces verts, le lierre a quitté la plupart des murs, un parcours de visite est mis place et ne cesse d’être enrichi grâce aux recherches d’archives… Ce ne sont que quelques exemples des nombreux projets que nous avons mis en place.

Tout ceci a été réalisé grâce à l’action de ses propriétaires et à l’association des Compagnons de Philippe de Béthune fondée en 2013. Cette association rassemble et canalise toutes les bonnes volontés qui souhaitent contribuer à la résurrection de ce morceau d’histoire de France pour :

  • Entretenir le château : Ses espaces verts, ses intérieurs, la recherche historique pour reconstituer son histoire, etc.
  • Sa communication : Faire connaître le château dans la région et partout en France.
  • Ses événements : animations et concerts.
  • Sa restauration : Café Hippolyte de Béthune.

Sur place ou à distance, ponctuellement ou régulièrement, vous aussi pouvez nous rejoindre et faire la différence. Il reste encore tant à faire mais, ensemble, nous pouvons y parvenir !

Si vous êtes intéressés, si vous disposez d’un savoir-faire particulier ou êtes tout simplement de bonne volonté, vous pouvez nous rejoindre en demandant un bulletin d’adhésion à la sortie du château.

Combien de châteaux constituent encore une véritable aventure ?

Vivez-là !

Les Compagnons de Philippe de Béthune :

cpb@laposte.net

https://fr-fr.facebook.com/philippe.debethune